Un séjour en Alaska de A à Z (part 1)

Ce bref abécédaire ne se veut pas un glossaire de guide de tourisme ou de préparation de voyage mais livre simplement quelques impressions.

A comme Alpinisme: à deux vitesses selon moi dans la zone de montagnes dite de l’Alaska Range :

1/ L’alpinisme dit « technique », réservé à mon sens et en pratique aux grimpeurs pro ou semi-pro, pour les raisons exposées dans un précédent article (Alpinisme (technique) en Alaska: une équation difficile à résoudre). Ils étaient nombreux en Alaska ce printemps : la toute menue japonaise Kei Taniguchi élue Piolet d’Or 2009 pour une ouverture au Kamet en Inde, le bien sympathique Colin Haley et sa belle voie nouvelle au Foraker l’an passé ), Vince Anderson (Piolets d’Or 2006 pour sa voie nouvelle au Nanga Parbat), Mark Allen et sans doute beaucoup d’autres…

2/ La voie normale du MacKinley, accessible à la plèbe pourvu qu’elle accepte de porter de très lourdes charges, dont une partie sur un traineau, jusqu’au camp 3 où commence véritablement la pratique de l’alpinisme (soit 2200m de dénivelée).

038-AboveCamp2A mon signal, on tire tous en chœur…

A comme Alaska Airlines, la plus en avance des compagnies ? Sur les 8 vols que j’ai effectués avec cette compagnie, 6 sont partis en avance de dix à trente minutes. Sur un vol très court, cela donne une situation cocasse où l’on atterrit avant l’heure prévue pour le décollage !

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A comme Asie-Pacifique : les trois premiers partenaires économiques de l’Alaska sont le Japon, la Corée et la Chine qui, avec le Canada, représentent 70% des exportations. A l’aéroport d’Anchorage, la plupart des vols internationaux sont à destination de ces trois pays ; on aperçoit également sur le tarmac plusieurs avions cargo affrétés par des compagnies de ces pays. Le Japon est le premier partenaire depuis 50 ans et achète les produits de la mer, des minéraux, du gaz (LNG) et du bois. Sa position de premier partenaire est toutefois challengée par la Chine (produits de la mer, matières premières).

B comme « Bacon & Eggs », la jolie voie d’escalade glaciaire réalisée à gauche du North Butress de MiniMoonFlower (suivez le fil blanc, légèrement en diagonale, du centre jusqu’en bas de la photo). On en mangerait !

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C comme Camping hivernal: camper sur la neige en Alaska requiert quelques aménagements comme une cuisine confortable (constituée de tranchées creusées à la pelle dans la neige, au-dessus desquelles on dresse une toile de tente), des murs de neige (ne pas oublier la scie à neige), des toilettes privées pour entreposer le CMC (cf infra, lettre U)… Certains grimpeurs restent plusieurs semaines à leur camp alors autant le rendre aussi confortable que possible !

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le camp de base du McKinley, au pied du Mont Hunter, est un endroit très couru en saison

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Il ne fait pas bon vivre au camp supérieur, à 5300m environ, quand le vent souffle

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Le réchaud réchauffe l’atmosphère de la cuisine. Côté pratique: la porte du frigidaire est toujours ouverte

 D comme Denali, le nom d’institutions financières, d’une rue, d’une compagnie de location de voitures, d’un hamburger proposé par MacDonald’s, d’une marque de chips… en réalité d’une multitude de commerces et services qui exploitent le nom local du Mont McKinley signifiant « celui qui est haut ». Plus haut sommet d’Amérique du Nord avec 6194m. Les statistiques des rangers :

  1. environ 1200 candidats au départ chaque saison (55% d’Américains), d’un âge moyen de 38 ans, dont 12% de femmes ;
  2. 52% de taux de réussite en moyenne ;
  3. 50% des candidats se déclarent dans la course des 7 summits = les 7 sommets les plus élevés des 7 continents, l’Amérique comptant pour deux continents : Everest (8848m, Asie), Aconcagua (6962m, Amérique du Sud), McKinley (6194m, Amérique du Nord), Kilimandjaro (5895m, Afrique), Elbrouz (5662m, Europe), Vinson (4892m, Antarctique), Pyramide de Carstensz (4884m, Océanie). A mai 2010, 275 personnes ont réussi des 7 sommets dont 7 Français (2 femmes).

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Certaines personnes disent que le McKinley est plus dur que l’Everest du fait de l’absence de sherpa. « Miroir, ô miroir, dis-moi qui est la plus difficile des montages, entre l’Everest et le McKinley…? »

E comme Exclusivité, celle dont bénéficient les guides américains pour guider sur le McKinley. Les guides étrangers n’ont pas le droit d’y exercer sauf s’ils le font sous un permis d’une des quelques compagnies américaines homologuées. Qui dit exclusivité pose selon moi le sujet des compétences des personnes autorisées. Seuls quelques guides américains possèdent le diplôme UIAGM (qualification internationale). Je ne sais pas si cela a un lien, mais le niveau des guides américains que j’ai rencontrés est sensiblement en-dessous du niveau des guides français que je connais, tant en termes de physique, de technique que de prise de décision et d’efficacité sur le terrain.

F comme Froid. Il peut faire abominablement froid en Alaska et au McKinley en particulier, surtout quand on tient compte de l’effet « windchill » = effet ressenti de l’effet du vent – consultez pour cela le très explicite tableau. Les premiers summiters de ce printemps ont eu -40° Celsius. Les gelures représentent donc un danger réel contre lequel on essaie de se prémunir en (i) portant de nombreuses couches de vêtements performants en termes d’apport de chaleur et de protection contre le vent et (ii) restant hydraté au maximum pour que le sang, épaissi par les phénomènes d’acclimatation à l’altitude, continue de circuler dans les extrémités.

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Ambiance fraîche le matin au réveil à l’intérieur de la tente (si, si, c’est bien l’intérieur). Le meilleur moment, c’est quand on se lève et qu’on touche ces parois, ou bien que le soleil arrive: ce givre tombe alors à l’intérieur et arrose les paresseux qui sont encore couchés

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Malheur à qui oublie de mettre sa bouteille d’eau dans son sac de couchage avant de dormir… Même avec une housse de protection isotherme, ça gèle dur !

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Quand il fait -20° C au réveil dans une tente occupée par deux personnes, combien fait-il dehors?

G comme Glaciers : il y en a plus de 100.000 en Alaska dont seuls 650 ont un nom. Leur surface a largement fluctué : 10 fois plus importante il y a 20000 ans, similaire il y a 10000 ans. S’établissant à 46.400km2, cette surface équivaut à la moitié des glaciers d’Asie et à la totalité de glace présente en Russie. Certains glaciers tombent dans un lac ou dans l’Océan Pacifique ; d’autres finissent dans des lacs, restent dans une vallée ou même accrochés à une montagne. Ils sont qualifiés de tempérés ie leur surface fond en été (à l’opposition des glaciers « polaires qui ne connaissent pas de période de fonte). Comme dans de nombreuses régions du monde, ils sont plutôt en phase de diminution. Ils restent toutefois d’une taille respectable, témoins les chiffres suivants: Bering (190km de long), Malaspina (cercle de 96km de diamètre), Hubbard (150km de long), Nabesna (80km de long), Kahiltna (70km de long), Muldrow (64km de long)…! Quelques glaciers sont visibles de la route, d’autres s’atteignent par bateau. Certains ne sont accessibles que par avion / hydravion. Le jeu préféré des touristes en bateau : stationner devant le front du glacier (à distance respectueuse) et attendre que des blocs de glace se détachent, tombent dans l’eau et entraînent la formation d’une vague.

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Glacier Chenega descendant du Sargent Icefield (péninsule de Kenai)

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Glacier descendant du Juneau Icefield (on voit clairement les signes de retrait)

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Glacier Holgate, descendant du Harding Icefield (péninsule de Kenai)

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Glacier Bear, descendant du Harding Icefield (péninsule de Kenai)

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Glacier Taku, descendant du Juneau Icefield

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Glacier John Hopkins, à Glacier Bay

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Glacier Sawyer, descendant du Juneau Icefield (fjord deTracy Arm)

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Glacier Sawyer dont le front se reflète dans l’Océan Pacifique

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Promenade en kayak vers l’Aialik Glacier, descendant du Harding Icefield (péninsule de Kenai)

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Le front du Lamplugh Glacier (Glacier Bay) mesure 70 à 80m de haut. Les kayakistes doivent rester à bonne distance…

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Front de l’Aialik Glacier (péninsule de Kenai)… ça va bientôt tomber!

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Ça tombe ! (Glacier Sawyer, Tracy Arm)

H comme Hunter : ce magnifique sommet de 4442m domine le camp de base du McKinley. Toutes les voies sont difficiles et engagées. La longue arête ouest a été gravie pour la première fois en 1954 par une cordée comprenant H. Harrer, qui avait auparavant (1938) réussi la première ascension de la face nord de l’Eiger en Suisse. Le pilier nord (North Buttress) suscite l’intérêt de nombreux forts grimpeurs et constitue une très sérieuse entreprise. Nous avons tenté l’ascension de l’arête ouest, un objectif finalement trop ambitieux compte tenu des conditions du moment. Mais quelle montagne !

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Soleil couchant sur le Mont Hunter, vu du camp de base du McKinley (2100m)

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Soleil couchant sur le Mont Hunter, vu du camp 3 du McKinley (4300m)

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Soleil couchant sur le Mont Hunter, vu du camp supérieur du McKinley(Balcony Camp, 5300m)

I comme Indiens (résidents d’Inde, pas les descendants des Sioux et des Cheyennes…!): j’en ai croisé une trentaine en deux semaines de tourisme. J’en avais vu à Chamonix pour la première fois l’été dernier. Une présence sans doute appeler à se développer.

J comme Jour – Lumière du Jour : pas de véritable nuit l’été entre Anchorage et le Denali (entre 60 et 62° de latitude) ; juste deux à trois heures où il fait un peu plus sombre. On grimpe toute la nuit sans lampe frontale. En hiver, par contre, le 20 décembre, le soleil est présent durant cinq heures à Anchorage (10h30 à 15h30 le 20 décembre) et deux heures de moins à Fairbanks. Plus au nord, à Barrows, il disparaît totalement pendant deux mois.

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Lumières du soir (entre onze heures et minuit). De haut en bas: le Mont Foraker, des séracs, la mer de nuages vue du camp 3, le McKinley

 K comme péninsule de Kenai : même si les ours de Kodiak étaient incroyables, le parc national de Kenai, à 200km au sud d’Anchorage, est l’endroit que j’ai préféré. Des glaciers se jetant dans l’Océan Pacifique que l’on survole en avion (Scenic Air) ou que l’on aborde en kayak ou en bateau au départ de Seward, la fête des cétacés dans le Golfe d’Alaska (orques, rorquals communs, baleines à bosse), des otaries, quelques oiseaux, de très beaux fjords, des habitants sympathiques… et la chance avec la météo !

L comme Logistique : le nerf de la guerre pour toute expédition en Alaska. Nous sommes partis avec 385 livres pour deux personnes et deux semaines. Au McKinley, environ 130 livres par personne (59kg) à monter sur la montagne. Matériel de cuisine, nourriture, fuel, tentes, matériel de grimpe, vêtements pour supporter des températures polaires, téléphone satellite… Surtout, ne rien oublier !

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Il ne reste plus qu’à charger la mule…

M comme Météorologie, alias le cauchemar des alpinistes (des touristes aussi, mais les conséquences sont moins problématiques pour eux). Elle extrêmement variable. Les conditions peuvent être épouvantables. Si Briançon, dans les Hautes Alpes, bénéficie de 300 jours de soleil par an, je crois que la chaîne du Denali, elle, connaît 300 jours de neige par an. Ajoutons l’absence totale de prévisions sur les sommets de la chaîne du Denali et des prévisions fantaisistes pour le Denali lui-même. Un prévisionniste a expliqué, lors d’une conférence, qu’il avait 50% de chances de se tromper… !?, ce qui est beaucoup quand on renonce à monter au camp supérieur de la montagne en craignant des vents annoncés à 50miles par heure qui ne viendront jamais… Heureusement, ils semblent être plutôt pessimistes (prudents ?). In fine, la stratégie d’ascension repose sur l’expérience et le jugement du guide quant aux phénomènes météo. Le succès suppose de progresser dans le mauvais temps, quand le type d’ascension le permet. Pour des ascensions techniques, il n’est pas rare d’attendre la fenêtre météo plusieurs jours / semaines au camp de base. Fenêtre qui ne sera jamais annoncée, d’ailleurs… Il faut avoir un sacré flair ou être devin (mieux vaut ne pas s’en remettre à la chance) !

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Il fait beau, ou bien? Ca dit quoi dans une heure? Qui tente le coup?

 

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En France, les nuages lenticulaires annoncent toujours du vent (ici, sur le McKinley). En Alaska, on ne sait jamais trop… En l’occurrence, le mauvais temps et la neige sont arrivés 24h plus tard…

N comme Neige : beaucoup de neige en Alaska, pas seulement en hiver ou sur les sommets les plus élevés. Fin juin, on l’aperçoit encore, à quelques centaines de mètres d’altitude, comme on se promène en bateau. Le mont Fairweather, dont le sommet culmine à 4669m, se situe à 13km seulement de l’Océan Pacifique et reçoit environ trente mètres de neige par an. Anchorage, située au niveau de la mer, a de la neige six mois par an. Au Denali, des skieurs et l’équipe North Face se sont régalés, notamment dans les couloirs sous le sommet, dans une neige poudreuse d’une légèreté incomparable !

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Rien que de la poudre !!

 

La suite dans le prochain article. Comme disent nos amis américains: « stay tuned, there is more to come! »

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