Réveillon à ski de fond au pays des vikings (Norvège)

« Madame, Monsieur, bonjour et bienvenue à bord de ce vol Air France à destination d’Oslo où il fait une température de -22 degrés… » Oups… On a bien décidé d’aller chercher la neige aux seuls endroits où il y en a en cette fin d’année 2014, mais on va en plus prendre un bon décalage thermique après la douceur du mois de décembre en France… Vous avez dit « motivés »?

Après la déception de devoir annuler la Grande Traversée du Jura, qui dépendait des caprices de la météo laquelle n’a pas amené à temps la neige tant attendue, il fallait se creuser les méninges pour imaginer où skier. Nulle part sur le continent européen. États-Unis? Canada? Finlande?… Norvège? C’est finalement sur les domaines de Lillehammer que nous allons chercher l’occasion de profiter des centaines de kilomètres de pistes de ski de fond promis par les sites Internet !

A Oslo, les voitures ‘gèlent sur place’, selon le loueur. On force un peu l’ouverture des portes, on gratte avec une raclette fatiguée et en piste. Pack hiver obligatoire (pneus neige, sièges et volant chauffants). A l’horizon, la lumière orangée de début d’après-midi faiblit déjà. Des sapins encapuchonnés, un paysage saupoudré, une route couverte de neige fraîche, quelques nappes de brouillard au-dessus des fjords… Nous y sommes!

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Boxing Day à Lillehammer, tous les magasins sont fermés. Les rues sont désertes, on dirait une ville-fantôme. Les rues sont couvertes d’une neige froide qui crisse sous les pas et les pneus. Elle va bientôt crisser sous les skis!

Il n’est pas besoin de forfait pour le ski de fond en Norvège. Il faut simplement payer le parking. Il n’y a pas de cabane au départ et donc personne pour vous indiquer l’état des pistes. Il faut pour cela regarder un site Internet qui indique, région par région, quand les itinéraires ont été damés pour la dernière fois: http://skisporet.no/. Les couleurs ne correspondent pas du tout au niveau des pistes mais au laps de temps qui s’est écoulé depuis le dernier passage de la dameuse. Si c’est en rouge (pas damé depuis plus de deux jours), préparez-vous au gymkhana et au rodéo et à travers les herbes folles si la neige est un peu ‘juste’, aux bosses, aux gros devers… Si c’est vert, jaune ou rose, ce sera du billard (damé depuis moins de 12h). Quoique (cf infra, Susjoen-Ljoheim)…

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On comprend mieux qu’une région puisse comptabiliser 350km de pistes. Les lieux les plus populaires sont réellement entretenus (ex. Sjusjoen, une des ‘Mecques’ locales du ski de fond), ainsi que les stades d’entraînement (y compris au biathlon) où des pistes de quelques kilomètres sont éclairées le soir; les autres zones sont entretenues à tour de rôle. Il vaut mieux vérifier le matin où la dameuse vient de passer pour organiser son programme de la journée en conséquence.

Il est indispensable de se munir d’un plan des pistes, que vous pouvez acheter à l’Office du Tourisme (prix variable, de 60 à 200 couronnes norvégiennes selon les régions). Une fois sur les pistes, les indications sont rares et pas toujours claires: avec un simple lieu-dit sur un écriteau, il faut pouvoir se situer sur un plan. Ne vous étonnez pas si vous n’arrivez pas in fine à faire le parcours prévu: prévoyez large au niveau du temps, parce que le rodéo est moins ‘roulant’ qu’une piste fraîchement damée, et parce que la nuit tombe tôt en cette fin d’année (15h30). Soyez vigilant au départ (il est courant de ne pas trouver d’emblée la piste souhaitée, faute d’une quelconque indication) et prenez votre portable si votre chauffeur préféré ne vous accompagne pas, histoire de ne pas rester en carafe si vous n’êtes pas parvenus à joindre le lieu prévu de rendez-vous à l’heure dite.

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Dernier conseil : emportez de quoi boire et grignoter parce que rares sont les ‘points café’ indiqués par les cartes.

Une fois que l’on a compris comment tout cela fonctionne, reste à pousser sur les jambes et les cannes et ne pas se priver de s’arrêter en route pour faire une photo ou juste pour admirer le paysage. Des plateaux à perte de vue, des sapins, des lacs gelés, des chalets enfouis sous la neige, des kilomètres de piste à perte de vue…

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Inga Låmi (boucle de 14km depuis Birkebeineren Ski Stadium)

La piste était rouge sur Internet, mais je ne savais pas encore ce que cela voulait dire… Rodéo donc pour une grande partie. Peu de monde (tiens donc, étonnant!…), froid marqué (-15° au départ). Itinéraire de forêt peu fréquenté, avec de jolis points de vue sur des lacs.

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Natrudstilen-Sjusjøen (19km)

Départ du centre de ski de Sjusjoen. ne pas s’engager sur le stade de biathlon et les pistes illuminées mais chercher directement le départ de la piste. Itinéraire très vallonné, bien entretenu mais mal balisé… Forêt puis immenses plateaux avec des sapins croulant sous la neige. Pour rallier la LangrennsArena de Sjusjoen, on finit par une autoroute à deux fois deux voies: de quoi donner assez d’espace aux très nombreux Norvégiens de sortie ce dimanche.

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Pellestova-Hornsjø (25km)

Sur les hauteurs de Hafjell, gagner le point de départ de Pellestova, visiblement un des ‘spots’ de la région. Un itinéraire globalement descendant et très peu fréquenté mène à Hornsjø, petit hameau de quelques maisons. Retour par une rive du lac Reinsvatnet (que l’on ne voit pas vraiment) et où l’on retrouve la foule des skieurs. Parcours de grands plateaux, à probablement éviter en cas de grand vent.

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Lisaetra-Lillehammer (33,5km)

L’idée est de suivre la piste des Trolls, sur les plateaux jusqu’à Pellestova puis gagner Nordseter par la rive sud du lac Reinsvatnet. Peu de monde jusqu’à Pellestova puis du monde jusqu’à Nordseter. Itinéraire très mal damé, tout en devers avec des rigoles et un remblais au milieu de trace. Quand on vous dit que le skating n’est pas le style pour lequel les pistes norvégiennes sont faites, en voici une illustration. Neige mauvaise du style d’un matin de Pâques (a fondu la veille et regelé dans la nuit). Bref… Quelques jolies vues sur le lac mais pas grand chose d’autre. Ah si, j’oubliais: je vais proposer au Conseil de la Région de rebaptiser la ‘piste des trolls’ en ‘piste des Crottes (de chien), tant il faut slalomer pour préserver ses skis.

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La suite de l’étape emprunte la piste Gropmarka dans sa partie nord pour rejoindre Lillehammer. Cet itinéraire est très agréable. Très bonne neige, bien préservée: peut-être la température est-elle paradoxalement plus froide ici que sur les hauteurs. L’itinéraire est peu fréquenté, plutôt descendant et tout en forêt à part quelques sections plates dans des clairières, au milieu de sapins encapuchonnés, avec les lumières du soleil couchant (il est quand même deux heures de l’après-midi). Piste assez étroite (il faut utiliser la surface des deux traces de classique pour pouvoir skier en libre) sauf à quelques kilomètres de l’arrivée où l’on se croit sur une piste de Formule Un avec de larges virages doux: de quoi faire la descente à fond! Mais çe ne dure pas assez longtemps… Une fois au Birkebeinerstadion, trouver la piste prévue pour descendre à Lillehammer est comme d’habitude compliqué, faute d’indications, mais je finis par en trouver une quand même. L’arrivée sur le tremplin olympique, éclairé de rouge par le coucher de soleil qui inonde également la vallée, est une belle récompense après tous ces kilomètres !

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Skei-Fagerhoi-Gala (30,5km)

L’itinéraire suit la Piste de Peer Gynt, du nom du personnage central d’un drame poétique devenu pièce de théâtre de l’auteur norvégien Ibsen, que le compositeur Grieg a mis en musique. Skei est le point de départ, qui abrite également une station de ski au domaine apparemment plus étendu que la moyenne qui attire beaucoup de monde. Ici, on semble faire davantage de ski alpin que de ski de fond, en témoigne la relative faible fréquentation rencontrée sur l’itinéraire du jour. Temps ensoleillé avec une mer de nuages dans la vallée. Un vent de face, assez fort pour que pousser sur les bâtons ne serve presque qu’à ne pas reculer! La piste démarre par une longue montée sur les crêtes, que l’on parcourt ensuite avec de nombreuses montées et descentes. La trace est large et la dameuse vient de passer: c’est un régal! Il faudrait simplement enlever la ligne électrique dons les hauts et proéminents poteaux suivent la piste, et qui émet un permanent bourdonnement. Hum…

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A peu près à mi-trajet du parcours, Fagerhoi est un lieu-dit avec quelques maisons, dont on a du mal à déterminer s’il est accessible par la route en hiver. On le découvre environ deux kilomètres avant d’y arriver, sur fond de montagnes enneigées.

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Pas grande agitation, je cherche un bon quart d’heure où se trouve le départ de la piste qui conduit vers Gala. Etroite, pas damée depuis un moment, elle joue les montagnes russes et tournicote entre des buissons d’arbustes. Up, down, up, down… Rythme soutenu, souffle court… Le vent ne permet même pas de profiter des descentes, et ralentit sensiblement le rythme dans les montées! Cee effet est également sensible sur les parties plus plates et découvertes qui suivent et conduisent à Gala, sur une piste désormais plus large. De grandes lignes droites où on lutte pour avancer, avant une longue montée dans l’avant-dernier kilomètre. L’arrivée se mérite!

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Sjusjoen-Ljosheim-Nesbyen-Sjusjoen (ski centre) (34km)

Haro sur les pistes fraîchement damées… où la neige est dure comme du béton, lustrée par le vent, après dégel et regel, et vieille de plusieurs semaines. Itinéraire exposé au vent, dans le dos pour les phases plutôt descendantes et de face pour les montées: dommage… La Birkebeinerloype mène à de grands plateaux en contrebas que l’on rejoint et traverse. Très peu de monde pour gagner le village de Ljosheim, composé de quelques cabanons entre les arbres. Le soleil fait son apprition et égaye le paysage.

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Une courte boucle mène au second village du programme: Nesbyen, plus petit.

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Il faut ensuite s’occuper de remonter les mètres de dénivelée perdus depuis le départ, ce que je fais au-delà du nécessaire en me trompant sur une bifurcation (à force de vouloir suivre la direction ‘Sjusjoen’, je n’ai pas remarqué que d’autres pistes y menaient également – en moins de temps…): s’ensuit une longue et abrupte montée jusqu’à un point culminant, un court plateau, et une descente raide pour rejoindre la Birkebeinerloype. Là, nouvel erreur d’itinéraire et c’est parti vers le sud. Quand je m’en rends compte, au carrefour suivant, je prends le parti de tirer jusqu’au ski centre de Sjusjoen. Par le chemin des écoliers, c’est-à-dire en traversant deux routes, et surtout en faisant une bonne partie à pied: la piste soi-disant damée le matin même est un véritable champ de mines, en partie par manque de neige, et franchement dangereuse à la descente. En France, cet itinéraire serait fermé. Ici, existe-t-il une cellule sécurité qui s’occupe de vérifier l’état des pistes? Plusieurs passages en terre n’ont pas été signalés aujourd’hui, les descentes dangereuses (la dameuse est-elle vraiement passée??) ne sont pas indiquées non plus. Ca manque de sérieux au niveau de la sécurité.

Kvitfjell-Skei (c.25km)

Kvitfjell est la station norvégienne qui accueille une descente de coupe de monde de ski. Il aurait mieux valu chausser les skis alpins plutôt que ceux du fond pour essayer de voir la piste, mais bon c’est l’idée qui a prévalu au choix de ce point de départ. Le départ des pistes est compliqué à trouver (rien que de très habituel…), des traces partout qui semblent desservir chaque hôtel mais aucune indication. Je m’embarque sur une grande boucle dans la forêt. La neige est sublime, la dameuse vient de passer, le soleil est là et les sapins ont encore un peu de neige sur les branches: que demander de mieux? L’itinéraire est globalement en montée, assez fréquenté.

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Vient ensuite le moment de resdescendre sur un plateau en contrebas, jusqu’à atteindre un carrefour où il est encore temps de rentrer sur la station, ou de s’aventurer ‘into the wild’: une montée continue de plus de quatre kilomètre au milieu du bush, avec une bonne dose de végétation sur la piste qui empêche clairement le skater de s’exprimer. Plus de soleil, la neige est froide et on a l’impression d’être scotché sur place. Ouh, han… On s’échine pour progresser, en utilisant la montée en canard en attendant que ce soit un peu moins raide pour pouvoir glisser. On voit bien les courbes de niveau sur la carte, j’aurais du mieux regarder…

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Suit un court plateau à la sortie de la forêt, puis un paysage lunaire, toujours en montée pour atteindre une sorte de col où on retrouve le soleil. De là, il faut encore monter pour rallier le haut des pistes du domaine de Skei. Ouf, maintenant la promesse d’une belle descente! C’est en fait un grand faux-plat, avant de remonter un  peu (!) sur un col pour basculer versant Skei.

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Puis une descente libre, enfin, au soleil et au milieu des sapins, piste superbe à nouveau (la dameuse semble s’être arrêtée au sommet / bout des pistes de Skei). La récompense! Arrivée facile sur Skei.

NB: Les Norvégiens à ski de fond

A observer les Norvégiens que l’on croise sur les pistes, le ski de fond se pratique de 3 à 80 ans. Très peu de style libre / skating (peut-être 10% des gens?), tout le monde à fond avec le style classique. Certains varient en se faisant tirer par leur chien (équipés d’élégants botillons!) mais globalement, on n’est pas là pour la promenade.

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L’élégance du Norvégien: assortir la couleur de la banane à celle des botillons du chien!

Personne ne lambine ou ne flâne. Il faut enquiller les kilomètres, de préférence à vive allure: le ski de fond, c’est une affaire sérieuse! Moralité: ce n’est qu’avec des skis bien fartés et en descente que l’on arrive à tenir leur rythme. Quelle est leur potion magique? Le fart, très probablement!

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Un petit bout de rayon de magasin de sport : chaque ‘rouleau’ de fart contient de la parafine faite pour une température de neige bien précise (parfois: de -3° à -1°, ou de -1° à 0°…)… le ski de fond, c’est sérieux !

Le ski de fond est une affaire si sérieuse qu’on ne laisse pas beaucoup de place aux ‘skaters’, coincés entre deux traces / rails de classique (une pour chaque sens), sans la place suffisante pour skier en style libre quand on est coincés entre deux personnes en classique qui se croisent. Les Norvégiens s’arrêtent souvent en plein milieu de piste sans bouger d’un centimètre quand quelqu’un arrive, donnent des coups de bâton certes sans doute par inattention parce que l’un des bâtons traîne… Sans compter les chiens que l’on laisse déféquer en plein milieu de la piste et dont j’ai eu envie de faire du pâté en arrivant droit sur eux… En résumé, les pistes très fréquentées, et a fortiori celles où on flirte avec les embouteillages, sont à éviter.

 

Plus de photos sur  Norvege-Ski-de-Fond Norvege-Ski-de-Fond

Pour choisir la région de Norvège où aller pratiquer le ski de fond: link

Pour savoir où poser les spatules, nous avons regardé les itinéraires recommandés dans la région (au sens large) de Lillehammer (voiture fortement recommandée pour aller d’un site à l’autre): link

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