Baïkal Ice Marathon (Russie): terrific experience!

Si vous tapez ‘run on the ice’ sur Google, vous allez rapidement tomber sur le site du BIM, le Baïkal Ice Marathon (http://www.baikal-marathon.org/). Destiné à promouvoir la préservation des eaux pures du lac Baïkal, cette course sur le lac gelé se situe à la pointe sud du lac entre Tanhoy et Listvianka. La course traditionnelle de 42km se décline également en semi-marathon (21 km).

Le bandeau du site et les photos vont capter votre attention : la glace foncée, parfois bleue sous l’effet du soleil, striée de rainures blanches et par endroits couverte de patchs de neige, est éblouissante. Je n’ai pas pu oublier ces images et ai cherché à participer dès que l’occasion s’est présentée. Un bon prétexte pour découvrir le lac Baïkal, le plus grand lac d’eau douce au monde et le plus profond (1642m), l’un des plus transparents (40m) et tout en longueur (636 km de long avec une largeur variant de 24 km à 79 km).

Le BIM peut connaître des conditions très rigoureuses, dignes de la réputation de la Sibérie ! En 2018, contrastant avec le beau temps du départ, le blizzard s’est levé, les rafales atteignant 100km/h, la température chutant à -30 degrés et la visibilité ne dépassant pas 5 mètres. La course a été arrêtée, l’organisation a eu besoin de deux heures pour évacuer tous les coureurs. Des conditions rudes voire particulièrement hostiles conduisent l’organisation à limiter le nombre de participants (environ 130) et à demander une expérience minimum de la course à pied pour valider l’inscription. J’ai rencontré un grand nombre de coureurs d’ultra, mais aussi des marathoniens ‘classiques’ qui couraient pour la première fois sur la glace. Une même motivation : découvrir (ou revisiter pour les nombreuses personnes qui y reviennent) un environnement incroyablement différent, unique et finalement assez magique.

Plusieurs formules de séjour sont proposées, avec entraînement à la course en compagnie d’un vétéran du BIM, ou avec un guide pour des visites culturelles qui laissent du temps pour des sessions de running et de test de l’équipement. La principale préoccupation des concurrents est clairement de connaître les conditions météo pour s’équiper en conséquence. Une tâche difficile : il y a autant de prévisions différentes que de sites Internet de météo, les sites peuvent changer d’avis à la dernière minute et en 2019, ils ont tous eu tort ! Il faut aussi être prêt à l’imprévu, comme en 2018…

La ville d’Irkoutsk, point de départ de l’aventure

L’organisation repère le parcours potentiel plusieurs jours à l’avance, testant la glace, identifiant d’éventuelles crevasses. Elle ajuste l’itinéraire jusqu’au dernier moment. L’épaisseur de glace, généralement autour de 1 m en cette période et à cet endroit, doit être suffisante pour permettre la circulation des hommes mais aussi des véhicules. Des petits fanions sont plantés tous les cinquante mètres, jalonnant une trace faite au scooter des neiges et montrant la direction à suivre. La quantité de neige varie en fonction des précipitations des jours précédant la course, de la température, du vent qui peut rabattre la neige dans les traces pré-dessinées. Chaque année, la course est différente.

Crevasse sécurisée (crédit: Maria Shalneva)
L’arrivée du semi-marathon, avec tente chauffée et toilettes

Le jour J, le temps est couvert, la température clémente avec environ -6 degrés, le vent modéré. Des hovercrafts emmènent les coureurs de Listvianka à Tankhoy, sur la ligne de départ. Ils sont chauffés, ce qui évite une exposition inutile au froid, et évoluent la long de la trace ce qui permet d’avoir une première idée du parcours.

Crédit: Maria Dimova

A Tankhoy, les locaux d’un centre dédié à l’étude du lac servent de point de ralliement, pour mettre la dernière main à l’équipement, quitter l’anorak et faire une dernière visite aux (rares) sanitaires. Les concurrents sont ensuite appelés par leur numéro de dossard, un à un, à marcher les quelques mètres qui séparent le centre du lac et de la ligne de départ. Le temps de se conformer au rituel traditionnel pour s’attirer les bonnes grâces des dieux du lac, tout le monde est prêt et le départ est donné.

Crédit: Maria Shalneva

101 marathoniens et 25 semi-marathoniens s’élancent cette année sur la trace. Les premiers kilomètres sont rendus difficiles par une neige molle, de la ‘soupe’ ou de la ‘semoule’ sur une dizaine de centimètres (au-dessus de la cheville) qui impose de beaucoup pédaler et dépenser d’énergie pour avancer. Un Espagnol, favori en 2019, y a perdu tout espoir de gagner la course.

Crédit: Maria Shalneva

La suite est plus favorable avec une neige assez compacte, sur 2 ou 3 cm d’épaisseur. Il y a en général deux traces praticables ce qui permet de répartir les coureurs, d’éviter les bouchons et de doubler sans effort superflu. Chacun prend rapidement sa place et chemine à son rythme. On passe un pont de bois installé pour sécuriser le passage d’une crevasse. Çà et là, de la glace s’accumule en petits blocs et les franchir s’apparente à du cross-country. Les ravitaillements sont proposées grâce aux hovercrafts qui amènent du thé, des fruits secs, du chocolat, de l’eau.


Crédit: Maria Dimova

Cette course n’attire pas que des Russes (environ 30 % des concurrents) mais aussi des coureurs du monde entier (notamment Japon, Allemagne, Pologne, USA, France). Je crois que personne, pas même les premiers, n’est là pour réaliser son record personnel mais davantage pour connaître une expérience différente et profiter de l’environnement. Certains échangent avec les personnes du ravitaillement, d’autres font des photos ou discutent avec leur voisin du moment. Ambiance plutôt détendue, surtout en queue de peloton!

Crédit: Maria Shalneva
Crédit: Maria Shalneva
Crédit: Maria Shalneva
Crédit: Maria Shalneva
Crédit: Maria Shalneva
La ligne d’arrivée du marathon!

Après 21km sous un ciel couvert puis du grésil puis du beau temps et du soleil, couverts à une allure lente mais régulière, je me suis arrêtée. J’ai le regret de ne pas avoir parcouru la partie de glace vive qui commençait au 25ème kilomètre. Mais je n’étais pas préparée pour courir un marathon, encore moins dans la neige, et je dois penser aux prochaines échéances de ski de fond dès la semaine prochaine.
J’en ai profité et ai pu avant et après la course marcher sur cette glace incroyable : la surface fait l’effet d’une vitre, des nervures la parcourent en longueur ainsi que sur parfois près d’un mètre d’épaisseur, dessinant des formes d’une variété illimité et formant par endroits comme des alvéoles de ruche, entre lesquelles l’eau figée est d’une couloir vert foncé voire noire, donnant l’impression de marcher sur les abysses… Des bulles d’air, voire des plaques entières de glace sont emprisonnées sous la surface à une profondeur variable. Et la glace vit, craque et produit parfois des détonations bruyantes !

Absolute Siberia organise cet événement de main de maître. Partez en confiance mais soyez attentifs et adaptez-vous aux conditions. Pas de recommandation universelle pour l’équipement, tant chacun a ses habitudes, réagit différemment au vent, au froid, à l’inconfort… Mais les crampons pour la glace vive et le ‘tape’ pour protéger le visage contre les gelures (tape de couleur, c’est plus photogénique!) sont des valeurs sûres.

La ‘yellow team’

Le vainqueur en 2019, russe, a couru le marathon en 3h05.

Egalement un article du New York Times sur le sujet.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.