Promenade au Putha Hiunchuli (7246m, Népal)

Egalement appelé Dhaulagiri 7, le Putha Hiunchuli est plutôt proposé par les agences de tourisme étrangères, parfois comme un voyage à ski de randonnée. Les skieurs que nous avons croisés sur ses pentes débonnaires n’avaient pas l’air d’apprécier la neige soufflée par le vent….

L’approche : A pied ou à ski, l’expédition démarre par un trekking d’approche de la montagne qui emprunte des vallées au sud de la région du Dolpo, encore très reculées où la fréquentation reste limitée. Depuis la fin de mousson jusqu’à octobre, les Népalais de la région travaillent aux champs pour récolter et préparer l’hiver.

Le trek d’approche suit la vallée,
avant de tourner à droite sur les crêtes pour rallier le camp de base
L’ancien village de Kagkot
La saison des moissons
Parcours aérien sur les crêtes
Le dernier camp avant le camp de base

Les animaux de bât : on utilise moins de porteurs sur les expéditions et davantage d’animaux pour porter le matériel jusqu’au camp de base. A partir de 3200-3600m, les yaks remplacent souvent les chevaux / ânes / mules. Attention, ne jamais se mettre en travers du chemin d’un yak!

Un jeune yak curieux

L’acclimatation : Monter à 7000 mètres ne peut se faire « d’une traite ». Pour donner le temps à l’organisme de s’adapter, il faut monter progressivement. A partir du camp de base vers 5000 mètres, on procède par allers-retours vers les camps d’altitude, entrecoupés de séjours courts au camp de base pour récupérer, en montant à chaque fois un peu plus haut.

Le camp de base : on y pose ses valises pour plusieurs semaines. On y récupère des efforts consentis en altitude, aidés par des conditions plus clémentes (camp dans l’herbe, moins froid, moins de vent) et l’abondante cuisine de l’équipe népalaise. On y rencontre d’autres alpinistes du monde entier, l’occasion d’échanger sur les expériences des uns et des autres, et peut-être de faire de nouveaux projets?

Le Putha Hiunchuli en toile de fond

La puja : cette cérémonie se tient au camp de base avant toute incursion en altitude. Un lama adresse des prières aux dieux de la montagne pour bénéficier de leur clémence. Le matériel des alpinistes est béni.

Les camps d’altitude : incontournables étapes de l’acclimatation et sur le chemin du sommet, ils sont montés au fur et à mesure de la progression. On y dort rarement bien, surtout s’ils sont hauts, mais ils peuvent se révéler un refuge bien apprécié en cas de mauvaises conditions météo! Nous avons utilisé deux camps, à 5450m et 6200m. Progression jusqu’au camp 1 à pied sec sur une moraine et des cailloux, puis pente raide de rochers brisés puis dalles rocheuses jusqu’à 5800m, puis pentes douces de neige jusqu’au camp 2.

Le camp 1 (5450m)
Le Churen Himal (7371m) depuis le camp 2 (6200)
Le sommet en haut à droite, vu depuis le camp 2

Le sommet : objet de toutes les convoitises ! On part du dernier camp d’altitude tôt dans la nuit pour une longue montée, puis une longue descente parfois jusqu’au camp de base, ou sinon un des camps d’altitude avant de rejoindre le camp de base le lendemain.
Ce 9 octobre, après quelques heures ventées au camp 2, les sherpas ont dépensé beaucoup d’énergie pour faire la trace dans une neige croûtée jusqu’à l’arête sommitale. La neige était alors moins profonde mais le vent s’est sensiblement renforcé jusqu’au sommet (80km/h estimés).

Encombrement sur le Putha Hiunchuli… on est loin des foules des sommets de 8000 mètres!
Au sommet du Putha Hiunchuli

La saison : Les sherpas étant (pour beaucoup) occupés sur l’Everest au printemps, les autres sommets sont généralement proposés par les agences à l’automne. Nous sommes ainsi partis mi-septembre, en période de mousson, pour une fois à pied d’oeuvre et l’acclimatation à l’altitude finalisée, bénéficier de conditions clémentes pour le sommet: pas trop froid, pas trop de vent. En effet, au fur et à mesure que l’on se rapproche de l’hiver, le froid augmente et le vent en haute altitude se renforce.

Oxygène ou pas oxygène ?
Au-delà du débat pour les professionnels, cantonnons ici le sujet aux alpinistes amateurs. Quand j’ai commencé à grimper en altitude il y a 25 ans (!), on avait coutume de limiter l’oxygène aux sommets où il faut dormir à plus ou moins 8000 mètres, soit de fait les quatre sommets les plus hauts sur Terre, à l’exclusion des dix autres « petits » sommets de 8000 mètres. Les temps ont changé depuis, l’oxygène s’est très largement répandu, à commencer par tous les 8000 mètres. Certaines agences, dans le but avoué de « préparer » de futurs clients à l’Everest, l’utilisent aussi sur des sommets de 7000 mètres comme ce fut notre cas au Putha Hiunchuli.
L’effet de la prise d’oxygène? Cela restaure des conditions d’altitude bien inférieures. Des calculs récents (et moins récents, cf T. Hornbein) montrent que, sous certaines hypothèses et avec le débit habituellement utilisé de 3L/minute, les 8848m de l’Everest deviennent à peine plus de 7000m pour un alpiniste en plein effort, voire diminuent de moitié si cet alpiniste est au repos! S’ensuit une impression (relative) de facilité (les muscles travaillent plus facilement) et de chaleur (les extrémités sont de nouveau bien irriguées).
Je n’avais jamais pris d’oxygène jusqu’à présent. L’organisation de cette expédition m’y a contrainte (trop peu de temps passé en altitude pendant l’acclimatation, départ du dernier camp en tout début de nuit quand il fait froid, descente prévue jusqu’au camp de base après le sommet, tous les autres participants sous oxygène). Il a été instructif de sentir que monter à 7246m sous oxygène est une véritable promenade de santé. J’ai donné mon dispositif à une personne qui en avait besoin sur la dernière heure de montée et ai immédiatement senti le froid mordant (à cause du vent!), la hausse du rythme cardiaque et les jambes « moins faciles ».
La bouteille d’oxygène que nous avons utilisée pèse 7kg, plus le masque. Avec deux bouteilles thermos et des gants de rechange, cela fait au bas mot un sac à dos de 13kg pour la journée. De façon étonnante, je n’ai absolument pas senti le poids de ce sac en respirant l’oxygène à un débit de 3l/minute!

Leadership des expéditions
Les choses changent aussi dans ce domaine. Là où un guide professionnel d’origine occidentale était la règle il y a quelques années, on rencontre maintenant des expéditions dirigées par des Népalais de l’ethnie des sherpas. Pour des raisons financières, les agences ne sont pas toujours claires à ce sujet et restent vagues, quitte à vous faire payer pour une prestation qui ne sera pas fournie en cas de petit groupe. Pour éviter toute mauvaise surprise eu égard à vos attentes éventuelles, il faut clarifier le sujet avant de s’inscrire.

Plus de photos sur l’album Putha Hiunchuli.

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