Ce que vous avez toujours voulu savoir sur le MAM….

Qu’est-ce que le MAM? Le tristement célèbre Mal Aigu des Montagnes?… Il se manifeste, à des degrés divers, quand l’organisme n’est pas acclimaté à l’altitude. Au pire, vous devenez vert, bleu, violet; avec un mal de crâne violent, voire vous bavez de la mousse rose et là, cherchez vite le téléphone satellite pour appeler l’hélico… Mais d’où vient-il et comment l’éviter?

Propos d’expert sur l’hypoxie d’altitude et les réactions de l’organisme

Source : JP. Richalet, ARPE[1]

Si on parle généralement d’altitude à partir de 3000 mètres, l’environnement d’altitude peut être différent selon la région où l’on se trouve, parfois trompeur :

  • 4000 mètres dans les Alpes : glace, neige, roc ;
  • 4000 mètres en Himalaya : forêts, villages, sentiers.

A mesure que l’altitude augmente, la diminution de la pression d’oxygène dans l’air ambiant entraîne une diminution du nombre de molécules d’oxygène disponibles pour le fonctionnement des cellules : un tiers de moins à 3000 mètres, 50% en moins à 5000 mètres. Ainsi se définit l’état d’hypoxie. Au sommet de l’Everest (8848 mètres), l’organisme n’a plus que 20% de ses capacités du niveau de la mer soit à peine assez pour marcher à un rythme très lent.

Confronté à cet environnement inhabituel, l’organisme développe des mécanismes physiologiques qui tendent à rétablir une oxygénation cellulaire sinon normale, du moins compatible avec une vie normale et une activité physique.

L’accommodation est la phase initiale telle qu’on peut la vivre lors d’une montée en téléphérique ou une course en montagne de quelques jours. L’organisme met en place des réactions essentiellement ventilatoires et circulatoires, par augmentation des débits cardiaque et ventilatoire, qui permettent d’augmenter la quantité d’oxygène fournie aux cellules. Cependant, ces réactions entraînent une surcharge pour l’appareil ventilatoire et la cœur, contre-indiquée à long terme.

Si l’exposition à l’hypoxie se prolonge au-delà de quelques heures, l’organisme met en route des mécanismes d’adaptation plus économiques pour favoriser l’acclimatation. Le phénomène le plus important est l’apparition d’une polyglobulie qui accroît la capacité de transport d’oxygène dans l’organisme. Cette évolution de l’hématocrite (le pourcentage de globules rouges dans le sang) n’est sensible qu’à partir de huit à dix jours en altitude.

L’ensemble des mécanismes permet de parvenir à un état qui autorise la pratique sportive en altitude. La vitesse et la qualité de l’adaptation varient selon les sujets. Elles ne dépendent ni de l’entraînement physique ni du nombre de séjours antérieurs. Elles sont congénitales et liées à la sensibilité de chémorécepteurs carotidiens.

Cette phase d’acclimatation peut durer jusqu’à quatre semaines, après quoi l’organisme s’épuise pour des efforts de moins en moins efficaces. A partir de 5500 mètres, il existe toujours cette phase de dégradation ; à partir de 7000 mètres, elle survient relativement rapidement.

Les signes cliniques d’un MAM (Mal Aigu des Montagnes) surviennent 4 à 8 heures après l’arrivée en altitude et le plus fréquemment à partir de 3500 mètres. Ils sont le plus souvent bénins : maux de tête, oedèmes localisés, et disparaissent lors de la redescente. Si la progression en altitude doit continuer, il faut parfaire l’acclimatation pour ne pas risquer les deux accidents graves de la haute altitude : l’œdème pulmonaire et l’œdème cérébral, dont l’urgence est extrême parce qu’ils mettent en jeu la vie du sujet :

  • L’œdème pulmonaire est marqué par une sensation d’étouffement, une respiration bruyante. Les lèvres et les oreilles deviennent bleues, des crachats mousseux peuvent apparaître. Il survient souvent la nuit, après une journée d’efforts intenses.
  • L’œdème cérébral est marqué par une faiblesse extrême, des vomissements parfois brutaux. Le mal de tête peut devenir épouvantable. Les sujets ont de la peine à tenir debout, ont des vertiges et peuvent avoir un comportement étrange.

Pour une bonne acclimatation, il faut s’efforcer de respecter les principes suivants :

  • Ne pas monter trop vite trop haut ie pas plus de 400 mètres en moyenne entre deux nuits au-delà de 3500 mètres ;
  • Monter assez haut pour s’acclimater, en particulier sur les hauts sommets ;
  • Ne pas rester trop haut trop longtemps.

Quelques points de repère pratiques

 Que du bon sens a priori, mais que l’on oublie parfois un peu vite une fois sur le terrain et confrontés au regard des autres.
  • Jamais parti en altitude?

Une consultation de MEDECINE D’ALTITUDE peut être utile. Cette visite pourra vous renseigner sur une éventuelle incapacité à vous acclimater… qu’il vaut mieux connaître avant d’envisager de partir! Reportez le rendez-vous si vous êtes souffrant surtout si vous avez de la fièvre: le résultat risque d’être moins probant.
A Paris: Hopital Avicenne à Bobigny (Pr Richalet) 01 48 95 56 38
Le Pr Richalet a fait de nombreux émules y compris en Province.

  • Avant de partir, essayez de monter dormir en altitude.
Votre organisme s’en souviendra dans les jours / semaines qui suivront et s’acclimatera plus vite et plus facilement. De quoi frimer devant vos co-expéditionnaires… et partir l’esprit serein.
  • Une fois sur place, usez et abusez de l’acclimatation passive.

Pendant la sieste au camp de base, ou lors de visites de temples à Lhassa, votre organisme travaille silencieusement à s’acclimater et peut y consacrer toute son énergie. De quoi positiver pendant les journées de repos ou de mauvais temps pendant les phases d’acclimatation!

  • Marchez et grimpez à votre rythme.

Un autre avance plus vite ou obtient de meilleurs scores de saturation d’oxygène le matin au réveil? Tant mieux pour lui! Dites-vous que le temps travaille pour vous: aujourd’hui est mieux qu’hier et moins bien que demain! Et ne cherchez pas à maintenir un rythme supérieur au vôtre: au mieux vous vous épuiserez rapidement, au pire le MAM viendra vous rappeler qu’on ne plaisante jamais avec l’altitude…
Le fait que ce ne soit pas votre première expérience ne change rien: l’acclimatation doit être recommencée à chaque voyage. S’il ne vous est rien arrivé la première fois, vous n’êtes pour autant pas à l’abri. Le corps garde certes une mémoire mais les règles d’une acclimatation classique doivent être respectées.

  • Etre à l’écoute de son corps, ne pas s’affoler, garder confiance.

Comme dans toute phase d’adaptation, il y a des moments où on ne se sent pas bien. Il faut savoir parfois passer outre, dans certaines limites, et ne pas s’affoler. C’est normal et si vous n’avez pas poussé trop loin l’organisme, cela va passer. L’organisme est une merveilleuse machine qui déclenche et ajuste toute seule d’incroyables mécanismes d’adaptation. En attendant, restez vigilants et évitez de dormir seul(e) dans la tente. Cela permet de se surveiller l’un l’autre mais aussi d’avoir un regard objectif sur, par exemple, vos œdèmes périphériques…
Si les symptômes persistent et que l’amélioration ne vient pas, voire que votre état se dégrade, n’hésitez pas à descendre. Cela vous permettra de récupérer et, si tout revient dans l’ordre, de remonter.
N’essayez pas de tricher avec des médicaments, stimulants ou autres diurétiques (type Diamox): ils ne font que cacher la vérité, voire amplifier le problème. Certains estiment qu’il faut boire environ quatre litres pour ne pas se déshydrater: comment y arriverez vous si le médicament censé vous aider participe en réalité à cette déshydratation? Faites plutôt confiance à votre organisme: la nature fait généralement plutôt bien les choses.

 J’ai vu des athlètes de haut niveau rester couchés dans leur tente au camp de base, malades pendant toute la durée d’une expédition parce qu’incapables génétiquement parlant de s’adapter. J’ai vu des guides très forts dans les Alpes essayer de courir pour leur premier portage au camp d’altitude avant d’être sanctionnés par un MAM heureusement finalement sans conséquences. D’autres par contre, sont morts dans leur sommeil une nuit de trek après avoir passé un col… On ne plaisante pas avec l’altitude. Elle nous rappelle que l’humilité est une valeur primordiale en montagne.

La faculté d’adaptation est innée; il n’y a rien d’honteux à ne pas en avoir hérité. Le cas échéant, il vaut mieux ne pas s’entêter et faire demi-tour avant d’en arriver à l’irréparable.


[1] Association pour la recherche en Physiologie de l’Environnement

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