Trek au Jomolhari (Bhoutan)

Le Bhoutan ne délivre plus de permis d’ascension. Le seul moyen d’aller voir ses montagnes de plus près est le trek, avec deux options principales : le trek du Jomolhari (7236 mètres), qui représente une semaine de marche, ou Snow Man Trek, entre 2à et 25 jours de marche selon le parcours choisi et de nombreux cols à plus de 5000 mètres. Le trek n’ayant jamais été ma tasse de thé, j’opte pour le moins long. Cela permet de coupler l’aventure avec quelques jours de tourisme culturel. En avant !

L’avion de la Druk Air, compagnie locale, a décollé de Delhi et a volé en évitant les plus hauts sommets himalayens. L’Everest est quand même visible au loin côté gauche, seul sommet à pointer ce jour-là au-dessus des nuages. L’appareil se pose à Paro, l’unique aéroport international du pays. Le pilote a slalomé entre les montagnes qui entourent le site pour finalement se poser sur une piste d’où on aperçoit la forteresse qui trône au-dessus de la vallée.

Nous consacrons une journée à la visite du monastère dit du Tigernest, perché et blotti dans une falaise au-dessus de Paro. Cela donne l’occasion de se dégourdir les jambes et de faire quelques belles photos.

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Le point de départ du trek du Jomolhari s’atteint en trois petites heures de voiture depuis Paro. L’occasion de visiter la campagne bhoutanaise, observer les maisons très coquettes avec leur fronton en bois peint en couleurs vives et décoré (fleurs, personnages furieux, animaux). La route traverse puis domine des champs cultivés : riz, pomme de terre en terrasses. Le riz donne des parterres verts fluo.

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Le premier camp peut être posé à plusieurs endroits différents, une heure au maximum du point de départ. Feu de camp ce premier soir à 2900m. L’agence locale, Rainbow Tours & Treks, a bien fait les choses : une tente par personne, duvet / matelas / couverture / serviette de toilette fournis, thé au lit le matin avec bassine d’eau chaude : service quatre étoiles, comme au Népal !

J1 → THANGTHANGKA 3560m

Nous nous mettons en route avec une vingtaine de mules pour notre groupe de cinq trekkeurs, dont une faisant office de bar (bière, vin et Coca) ! Un bon sentier longe un torrent à l’eau verte et claire. Le parcours est bordé d’arbres à l’écorce rouge et de pin. Des mousses pendent des branches. Très belles pommes de pin. Beaucoup d’arbres mis à terre par les moussons passées, mais aussi beaucoup de coupe pour la construction des maisons. Encombrement de mules quand on croise les rares locaux, les touristes doivent se garer. Beaucoup de montées et descentes. Quelques ponts décorés de drapeaux de prières.

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Magnifique vue sur le Jomolhari une heure avant d’arriver au camp, que nous atteignons après cette journée d’environ 7h de marche tranquille, y compris les pauses. La neige se met à tomber dès notre arrivée et s’accumule petit à petit. Nous devons régulièrement déneiger les tentes jusqu’en début de nuit.

J2 → JONGOTHANG 4050m

Décor de carte postale avec un réveil sous la neige, dans cette vallée dominée par le Jomolhari : quel contraste avec hier ! Il fait froid jusqu’à ce que le soleil atteigne le camp vers 8h30. Les arbres ploient sous la neige qui tombe et fond rapidement. Pour favoriser l’acclimatation, la journée va être courte donc on peut prendre son temps.

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La neige rend la progression difficile pour les mules. Les arbres dégagent leurs fardeaux à notre passage, une douche réfrigérante surtout quand le cou est exposé ! Nous remontons la vallée le long du torrent et sortons de la forêt. Nous passons à côté de groupes de maisons d’alpage, rudimentaires et désertées par les habitants partis monter les yaks aux pâturages. Les bouses de yaks et des branches sont stockées à proximité, qui serviront au chauffage. La limite des arbres se situe à environ 4000m. La montée est très régulière, le paysage ouvert. On devine que la printemps n’est pas encore arrivé : des cascades de glace subsistent sur les versants les moins exposés au soleil.

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Nous prenons nos quartiers au camp de base du Jomolhari, curieusement peuplé de plusieurs expéditions alors que nous n’avons croisé personne aujourd’hui (seulement deux personnes hier ! Alors que la journée a globalement été belle, les flocons arrivent dans l’après-midi.

J3 → Excursion à la journée au départ de JONGOTHANG

Le Jomolhari est couvert et nous prive de lever de soleil. Le vent se lève et dégage un peu la vue sur la montagne, qui se cache à nouveau rapidement. Nous allons nous promener pour se rapprocher de sa base, à flanc de montagne puis sur une moraine. Marche en aller-retour sans véritable sentier jusqu’à 4310m. C’est le jour de la photographie animalière :

  • un groupe de vautours vole et tourne non loin du camp à la recherche de leur petit déjeuner :
  • une (grosse) marmotte déguerpit devant nous
  • un troupeau de yaks comprend des jeunes qui tètent encore leur mère

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Il neige une partie de l’après-midi.

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J4 → col Nyelela (4775m) et LINGSHI (4020m), environ 800m de dénivelée positif et 7 heures.

Le ciel est couvert au moment du lever de soleil mais se dégage par la suite. Départ vers 8h15 en remontant la vallée, très ouverte, qui vient buter au pied de l’élégant Jitchu Drake, sommet de 6989m dont la première ascension fut réalisée par Doug Scott en mai 1988 (pendant la courte fenêtre où le gouvernement bhoutanais avait ouvert ses sommets).

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Le chemin est couvert de neige, ce qui donne une belle ambiance au paysage. Quelques maisons d’alpage sont situées au pied de la montagne. Si la richesse des habitants est déterminée par le nombre de yaks, ceux-là sont assurément aussi riches que le roi du Bhoutan soi-même ! On compte en effet trois enclos pleins de yaks, attachés. Un garçonnet vient les détacher : c’est sans doute l’heure de sortie pour les mener aux pâturages.

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A une fenêtre, une femme nous regarde passer avec son bébé dans le dos.

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On traverse un ruisseau pour quitter la vallée et s’élever par un sentier qui mène au col. Quelques virages, un replat d’où s’enfuit une marmotte un peu sauvage . On s’élève lentement. Quelques yaks paissent des touffes d’herbe parsemées dans un paysage couvert de neige. Au loin, quelque chose de plus petit : des blue sheeps : ou barhals, animaux proches du mouflon ! Quatre adultes dont un mâle dominant plus un jeune. Ils ne se laissent pas approcher de trop près et décampent.

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Quelques rivières sinuent et parcourent la vallée, certaines encore glacées ou sous la neige, créant des serpents blancs. Le soleil se cache, le vent souffle de dos. Des vautours viennent nous observer. Un oiseau bleu métallique, tout petit, qui n’approche pas et vole en escadrille. Le vent est soutenu comme nous arrivons au col, qui fait claquer les drapeaux de prière. Nous sommes seuls au monde.

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L’autre versant se dévoile à nous : le ciel au fond est noir ! La suite de la météo ne va pas nous être favorable… ! La lumière et l’ambiance sont dignes du film ’Himalaya Enfance d’un chef’.

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Descente dans les éboulis, il reste encore un peu de neige. On passe d’un paysage totalement minéral à un environnement de petits arbustes et de collines verdoyantes. Au loin, un dzong au carrefour de plusieurs vallées, en mauvais état après le tremblement de terre de 2011. On passe un petit col pour changer de vallée, et poser le camp. Neige l’après-midi et la nuit. Il ne fait pas froid et la neige ne tient pas.

J5→ Col Yalila (4820m) et SHODU (4010m), environ 800m de dénivelée positif et 7h.

Le ciel est plombé comme nous quittons le camp pour remonter la vallée pendant 2.5heures. Je fais la chasse aux petits oiseaux : rose, orange, bleu métallique. On gagne doucement de l’altitude et on emprunte le sentier oblique vers la gauche qui nous mènera au col.

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Deux hordes de blue sheeps ne se laissent pas approcher malgré quelques tentatives poussées.

Quelques rayons de soleil nous saluent mais le ciel est toujours couvert. Dans la dernière montée, les mules assurent le spectacle tout en ayant le pied sûr sur un terrain abrupt rendu glissant par la neige tombée ces derniers jours. Belle ambiance !

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Déjeuner non loin d’un lac vert puis descente dans la tempête de neige, qui ne perturbe pas les yaks que nous croisons. Il neige encore quand nous posons le camp.

J6→ dzong de Barshong (3675m), D+500m,

Nous quittons le domaine de la haute montagne et retrouvons la forêt. La première partie du chemin est très boueuse et glissante, puis nous entamons une partie de saute-mouton avec la rivière dont l’eau est cristalline. On joue aux collines russes, on traverse la rivière pour passer sur l’autre versant, pour revenir sur le versant initial quelques centaines de mètres plus loin… Beaucoup de pins mais pas les daims et les singes promis par la roadmap de l’agence ! Les rhododendrons ne sont pas en fleurs : le printemps n’est toujours pas arrivé. Nous longeons de nombreux camps de nomades qui sont couverts de détritus et déchets : ces individus ne sont visiblement pas sensibilisés à la protection de l’environnement.

En fin de journée nous atteignons un Dzong en ruines et en réparation. Une trentaine de moines y travaillent avec l’aide de moinillons aux bouilles toutes rondes et sympathiques. Ils montent des sacs de farine dont une partie du contenu s’échappe en un mince filet et vole au gré du vent. Le campement est établi tout près de là, près d’un village de quelques maisons dont une petite école. 11 élèves pour 3 niveaux, qui habitent à 15-20 min à pied. En rangs devant la porte de l’école, les écoliers récitent la prière avant d’entrer en classe, et chantent l’hymne national du Bhoutan. Puis ils rentrent dans une salle de classe minuscule encombrée de supports d’apprentissage en anglais et en langue locale. Les murs sont tapissés de posters montrant les différentes parties du corps humain, les nombres… École pour les enfants de 6 à 9 ans, 5.5 jours par semaine, de 8h30 à 15h30 environ. Le logement de l’institutrice comprend une chambre et une cuisine minuscule attenante avec un point d’électricité, une ampoule et un petit réchaud. L’institutrice nous offre le thé et se dit ravie de rencontrer du monde, elle qui s’est engagée pour 7 ans de sacerdoce dans cette école franchement reculée et éloignée du monde, récemment ouverte grâce aux fonds de l’Unicef. Elle pourra ensuite choisir une affectation moins austère mais pour l’instant, on sent un brin de nostalgie à la limite de l’amertume.

Neige cet après-midi.

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J7→ Forêt env. 6h, D+> 500m

Les chiens du village ont fait la java toute la nuit, à qui aboiera le plus fort, aucun répit, aucune seconde de calme jusqu’à 4h du matin, même avec les boules Quiès dans les oreilles. Qui a dit que le chien est un animal intelligent et le meilleur ami de l’homme ?

Petit déjeuner au soleil avant d’attaquer la descente. Pas mal de boue, un sentier en réfection, des traces de glissement de terrain… Puis le soleil matinal nous quitte, les nuages envahissent le ciel et des gouttes se mettent à tomber. Il n’est que 10h30… Le mauvais temps arrive de plus en plus tôt en journée, ce qui ne correspond pas tout à fait à la météo himalayenne au printemps. Après avoir longé la rivière et repéré enfin des rhododendrons, globalement peu en fleur avec ce mauvais temps et ce printemps tardif, on attaque une nouvelle montée dans un terrain boueux et glissant, comme souvent. Près de 400m de montée finalement, entrecoupés de courtes descentes, dans une forêt dense, un peu oppressante, avec un taux d’humidité de …90 %? Beurkk… pas drôle, cette fin de circuit.

Le camp prévu n’ayant pas d’eau, il faut pousser plus loin. Encore des montées et des descentes avant de perdre franchement du dénivelée. Je m’étale de tout mon long sur une plaque de glace couverte de terre et de boue… Super… On arrive finalement à une clairière où les muletiers ont posé le camp. Vive, vite, ils montent les tentes parce que la pluie se remet à tomber. Nous partons à la chasse aux oiseaux qui volent dans les arbustes autour du camp. Photo pas facile, en forêt avec une très faible lumière et un sujet en mouvement ultra-rapide… ! La journée se termine sous une pluie nourrie, des épisodes de grêle, et un répit pour quelques danses du staff et un gâteau autour du feu.

Le lendemain, une heure de descente en forêt nous amène à la route où un 4×4 nous attend pour nous ramener à Timphu. Au global, un beau circuit, une approche des montagnes courte et aisée, une belle ambiance mais la fin est rébarbative et d’un intérêt plus que limité.

One thought on “Trek au Jomolhari (Bhoutan)

  1. Très belles photos, apaisantes (après les horreurs du tremblement de terre népalais).
    Merci !

    Une remarque: pourrait on à l’avenir metrre le texte sur un fond gris ?
    Le fort contraste blanc sur noir fatigue les yeux.

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